10 merveilleuses techniques… pour faire échouer votre séance de créativité

Créativité, nom féminin définissant la “capacité, faculté d’invention, d’imagination” de quelqu’un. (Dictionnaire Larousse)

L’objectif d’une séance de créativité est clair : trouver l’idée qui vous fera sortir du lot…et dans l’idéal, par le haut. Son déroulement, ses techniques et ses dérives le sont certainement moins. Pour continuer à défricher ce terrain créatif, nous vous proposons quelques pistes et postures…à ne surtout pas suivre ! Voici donc 10 conseils à éviter si vous souhaitez réussir votre séance de créativité.

1. Proposer des solutions avant de questionner le (vrai) problème.

Avoir des idées, c’est bien ; identifier d’abord le réel besoin non satisfait, c’est mieux. Homme de sciences français, Henri Poincaré le souligne lui-même : ”un problème bien posé est un problème à moitié résolu”. Alors ne foncez pas tête baissée dans l’idéation. Prenez plutôt un temps pour explorer la frustration de vos usagers, clients, collaborateurs…à l’égard de votre offre jusqu’à sa pleine identification avant d’enclencher la phase de créativité.

2. Être dans un état émotionnel négatif.

“Cela ne marchera jamais”, “Nous n’avons ni le budget, ni les compétences techniques”, “On n’aura pas le temps et l’équipe nécessaire pour mettre en place cette idée”… Que vous soyez adeptes des séances de créativité ou non, vous avez probablement déjà entendu ce type de rhétorique en début de projet. Une étude du laboratoire Cognition et Développement du CNRS montre que les émotions d’un individu modifient sa créativité. Nous serions ainsi moins créatifs sous stimulation négative. Rien de tel, donc, qu’un “icebreaker” ou autre “energizer” pour diffuser une ambiance positive et optimiste !

3. S’entourer d’une seule équipe homogène.

Plus vous aurez de variété au sein du groupe de travail, plus riche sera le résultat de votre séance de créativité. En croisant les expériences, les âges, les niveaux hiérarchiques…, vous décuplez les points de vue autour du sujet. Ainsi, le spectre des possibilités s’étend et le paradigme devient plus grand. Il serait dommage d’oublier que les bonnes idées viennent autant du terrain que du niveau stratégique. En plus de donner de l’énergie et du plaisir aux participants, cet exercice créatif favorise le rapprochement social entre les différentes parties prenantes et leur adhésion. Vous pourriez même ouvrir ces sessions à vos clients, partenaires ou tout autre acteur de votre écosystème.

4. Se lancer sans préparer le groupe de travail.

Comme tout bon sportif qui s’entraîne et s’échauffe avant une compétition, prévoyez un temps de mise en jambe pour l’équipe projet. Insistez aussi sur le périmètre de jeu. Pour poursuivre la métaphore : imaginez une équipe de sportifs dont la règle n’a pas été clairement exprimée. Certains vont jouer au football pendant que d’autres vont s’efforcer à mettre des paniers. Pas simple de gagner le match. Pour faire coïncider les énergies dans la même direction, commencez par rappeler quelques principes de bon fonctionnement (1). Ensuite, attribuez-vous des rôles ponctuels (maître du temps, scribe…) et fixez-vous un objectif SMART (2).

5. Rester dans votre contexte de travail habituel.

L’impact positif de l’environnement de travail sur le bien-être (et la productivité) des collaborateurs n’est plus à démontrer. Plus d’un français sur deux considèrent que l’aménagement de leurs bureaux est un des points déterminant pour qu’ils se sentent bien. Cela est encore plus impactant lors des sessions créatives. En effet, plus vous ouvrirez le lieu de réflexion, plus vous décloisonnerez les pistes d’opportunités. En sortant de votre environnement de travail quotidien, vous pouvez suspendre les relations hiérarchiques établies. Cela permet de diminuer les habitudes homéostasiques sclérosantes. Ainsi, vous offrez la possibilité aux imaginaires de prendre du recul et de la hauteur sur le défi créatif. 

6. S’émanciper d’une certaine rigueur méthodologique.

“Prenez juste quelques post-it et des stylos” (phrase entendue lors d’accompagnements clients). NON, une séance de créativité ne se résume pas seulement à des crayons et quelques morceaux de papiers que l’on colle sur les murs. Comme le souligne Gary P. Pisano dans le n°33 d’Harvard Business Review, “la créativité peut être chaotique [et] nécessite de la discipline et du management”. Elle a donc ses règles de bon déroulement (3). Le foisonnement d’idées n’exclut pas non plus une rigueur dans la pratique : portez attention au cadrage du champ de réflexion, équipez-vous bien évidemment du matériel essentiel (4) et accordez-vous le timing nécessaire à votre productivité (5).

7. S’obliger à tout faire d’une traite.

Que celles et ceux qui n’ont jamais eu la solution à leur problématique…lorsqu’ils ont arrêté d’y penser finissent cet article maintenant 🙂. S’entêter pendant plusieurs heures d’affilées sur une problématique sans y changer le moindre paramètre sera aussi productif que d’avancer dans le noir avec une seule lampe frontale. Vous trouverez probablement votre chemin mais au prix d’une énergie diminuée et d’un temps allongé. Privilégiez plutôt plusieurs courtes sessions diversifiées et répétées pour répondre à votre challenge créatif. Vous pourriez aussi mettre en place des systèmes pour capitaliser sur les inspirations “spontanées” (de la boîte à idées digitale au petit bloc-notes que l’on garde toujours avec soi).

8. Interroger uniquement les personnes qui vivent la situation problématique.

Einstein nous dit que “l’on ne peut pas résoudre un problème avec le même niveau de pensée que celui qui l’a créé”. Il semblerait donc insuffisant de solliciter uniquement les usagers frustrés d’une situation dans sa résolution. Osez inclure quelques personnes extérieures au projet, qui n’ont pas vécu directement la situation problématique, pour compléter votre équipe créative. Vous bénéficierez ainsi d’une perspective potentiellement bien différente de part un champ cognitif additionnel. Aussi, en n’étant pas immédiatement touché de près par un problème, les perspectives de résolution vous semblent plus acceptables et atteignables.

9. S’arrêter dès la 1ère bonne idée.

Même s’il peut paraître opportun d’arrêter une séance de créativité à la première pépite qui émerge, nous vous encourageons à poursuivre le travail. Au pire, vous trouverez de nouveaux terrains d’exploration ; au mieux, vous enrichirez la première version de votre idée. L’itération que l’on préconise en design est aussi valable pour une session créative. Gardez aussi en tête qu’il est préférable de lâcher son idée pour en accueillir une autre, potentiellement mieux. Et surtout ne vous arrêtez pas à cette 1ère bonne idée : prototypez-la pour la tester auprès de votre cible. Vous y gagnerez en qualité (en proposant une valeur ajoutée notable) et en efficacité (en accélérant les cycles d’innovation et donc les budgets et durées associés). 

10. Se persuader que vous y arriverez du 1er coup.

Même si nous croyons délibérément au potentiel créatif de chacun(e), nous n’oublions pas pour autant la nécessité d’expérimenter plusieurs fois le(s) processus de créativité pour en récolter ses bienfaits. L’intuition et la spontanéité peuvent être innées. Le lâcher prise et la créativité ont la possibilité d’être perfectionnés. Abandonner ses habitudes pour s’aventurer en terrain inconnu.  Sortir de son cadre de référence. Accepter les périodes de creux et l’échec. Ce sont des fondamentaux à autoriser pour dépasser nos biais cognitifs et atteindre le résultat espéré. Il pourra même vous arriver de penser être dans l’impasse créative avec une idée incertaine ; rappelez-vous les débuts du post-it.

Et si vous craignez de ne pas réussir à surpasser l’intégralité de ces 10 écueils, vous pourrez toujours vous faire accompagner par un spécialiste de la créativité. Les nôtres seront forcément ravis de vous accompagner ! 😉

 

À lire aussi : 3 étapes pour passer de l’idée au prototype efficacement.

(1) Accueillir avec bienveillance, être dans le “oui et” plutôt que le “oui mais”, tolérer l’échec et l’inconnu…
(2) Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réaliste et Temporel.
(3) CQFD : aucune Censure, privilégiez la Quantité, osez la Fantaisie, Démultipliez sur les idées des autres.
(4) De la salle adaptée aux différents modes d’expression, en passant par du mobilier favorisant le collaboratif…le web regorge d’articles qui vous aiguilleront dans cette réflexion !
(5) Il a été prouvé que des pressions modérées sur la performance, comme contenir une session de brainstorming à moins d’une heure, peuvent améliorer le rendement créatif.